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L'Argentine en solo : est-ce une bonne idée ?

IMG hero (Nano Banana) : voyageuse seule sac au dos regardant un paysage argentin, sourire, liberté

En bref

Je suis partie seule pour l'Argentine à vingt-cinq ans, avec un aller simple, un sac trop lourd et une phrase que tout le monde m'avait servie à l'aéroport : « tu es sûre ? » Pas parce que je jouais les aventurières, juste parce qu'aucune de mes copines n'avait les congés ni l'argent au même moment que moi. Alors voilà. Seule. Et la première question qu'on m'a posée, celle que vous vous posez peut-être en lisant ces lignes, c'est exactement celle-là : est-ce une bonne idée ?

Je vais vous répondre tout de suite, et puis je passerai le reste de l'article à nuancer, parce que rien n'est jamais tout blanc. Oui. Pour moi, oui, mille fois. Mais je ne vais pas vous vendre un pays parfait ni un voyage sans accroc. Je vais vous raconter ce que j'ai vécu, avec mes trouilles du premier soir, mes maladresses en espagnol et les rencontres que je n'aurais jamais faites si j'avais voyagé accompagnée. Prenez-le comme le carnet d'une fille qui y est allée, pas comme une notice.

Un pays qui rend le voyage en solo presque facile

Il y a des endroits où partir seule relève de l'expédition. L'Argentine n'en fait pas partie, et ça m'a surprise. Le pays est rodé au voyageur indépendant : les auberges sont partout, les bus vont partout, les excursions se réservent la veille pour le lendemain, et surtout, personne ne vous regarde bizarrement parce que vous mangez seule à une table. Ça paraît bête, mais c'est ce genre de détail qui change une journée. À Buenos Aires, je me suis assise seule dans un café de Palermo avec un livre, un cortado et trois heures devant moi, et je n'ai senti aucun poids. On me resservait de l'eau, on me demandait si tout allait bien, et c'était tout.

Les infrastructures aident, mais ce n'est pas que ça. C'est le rythme du pays. On y dîne tard, on y traîne, on y parle fort et longtemps. Une voyageuse seule s'y fond sans effort parce que l'Argentine, elle aussi, prend son temps. J'ai vite compris que je n'avais pas besoin d'un programme minuté. Je décidais le matin, je changeais d'avis à midi, je restais deux jours de plus quelque part parce que l'auberge était bien et les gens sympas. C'est le luxe du solo, celui qu'on oublie : ne jamais avoir à négocier son itinéraire avec personne.

Les rencontres arrivent toutes seules

C'est la peur numéro un quand on part seule : et si je m'ennuie, et si je ne parle à personne pendant trois semaines ? Je vais être honnête, cette peur, je l'ai eue le premier soir, allongée sur une couchette du haut dans un dortoir de huit, à me demander ce que je faisais là. Elle a duré exactement jusqu'au petit-déjeuner. Un Argentin de Córdoba m'a tendu un maté sans un mot, juste avec un signe de tête, et voilà, c'était parti.

Les auberges sont des machines à rencontres. Pas les grosses usines à fête, plutôt les petites, celles avec une cuisine commune et une terrasse. On cuisine ensemble, on partage une bouteille de vin à trois euros qui n'est même pas mauvaise, quelqu'un sort une guitare et vous vous retrouvez à deux heures du matin à parler d'itinéraires avec une Allemande, un Brésilien et un couple de Chiliens. Le lendemain, vous partagez un taxi, puis une rando, puis un bus. On se croise, on se recroise. J'ai retrouvé la même bande de visages sur mille kilomètres de distance, comme si on faisait tous la même boucle décalée.

La terrasse d'une auberge, le soir, quand les inconnus du matin sont déjà des habitudes · IMG : jeunes voyageurs partageant un repas sur une terrasse d'auberge en Argentine, ambiance chaleureuse

Et puis il y a les Argentins eux-mêmes, dont la sociabilité m'a désarmée. Ici, on vous parle. Dans le bus, dans la file de la panadería, sur un banc. On vous demande d'où vous venez, ce que vous pensez du pays, si vous avez goûté les empanadas de la région, et attention, ne dites jamais qu'elles sont meilleures ailleurs, c'est une déclaration de guerre. Une dame m'a un jour invitée à finir mon après-midi chez elle parce qu'on avait discuté vingt minutes à un arrêt de bus. J'y suis allée. J'ai bien fait. On partage le maté, on se passe la même paille sans y penser, et ce simple geste vous fait passer d'étrangère à invitée en une gorgée.

Le petit secret, c'est que voyager seule vous rend plus abordable. À deux, on forme une bulle ; seule, on est une porte ouverte. Les gens viennent plus facilement vers vous quand vous n'êtes pas déjà occupée à rire avec quelqu'un d'autre. J'ai fait plus de vraies rencontres en trois semaines de solo qu'en plusieurs voyages accompagnée. Ce n'est pas un hasard.

Voyager seule quand on est une femme

Il faut en parler franchement, parce que c'est la question qui revient à chaque fois qu'une amie me dit qu'elle hésite. Est-ce que je me suis sentie en sécurité, en tant que femme, seule ? La réponse honnête est : oui, la plupart du temps, avec la même vigilance que j'aurais dans n'importe quelle grande ville du monde. Ni plus, ni moins. Je ne vais pas jouer les expertes de la sécurité, ce n'est pas mon rôle et ce serait malhonnête, pour le factuel, les zones, les précautions concrètes, il y a tout un article dédié à savoir si l'Argentine est sûre, bien plus fiable que mes impressions.

Ce que je peux partager, c'est du vécu. J'ai reçu des remarques dans la rue, des piropos, ces compliments lancés au passage, parfois flatteurs, souvent lourds, jamais menaçants dans mon expérience. J'ai appris à ne pas sortir mon téléphone n'importe où, à ne pas afficher mon appareil photo dans certains quartiers, à rentrer en taxi plutôt qu'à pied la nuit quand je ne connaissais pas le coin. Rien d'extraordinaire. Le genre de réflexes qu'une amie parisienne applique déjà sans y penser. La vigilance, oui ; la paranoïa, non. La paranoïa gâche le voyage et, franchement, elle ne protège de rien.

Seule, on n'est pas une cible, on est une porte ouverte. La vigilance, c'est ce qui vous permet de laisser cette porte ouverte sans vous faire de nœuds au ventre.Juliette Fauvel

Mon conseil, si c'en est un, tient en une phrase : faites confiance à votre instinct. Ce petit truc qui vous dit « pas cette rue » ou « pas ce type » a presque toujours raison. Je l'ai écouté, il ne m'a jamais trahie. Et le reste du temps, j'ai marché la tête haute, j'ai parlé aux gens, je me suis perdue exprès dans des quartiers que j'aimais. On peut être prudente et libre en même temps. C'est même tout l'enjeu.

Les bus de nuit, mes chambres à roulettes

Parlons des distances, parce qu'elles décident de tout dans ce pays. L'Argentine est immense, ridiculement immense, et ce qui ressemble à un petit saut sur la carte se transforme vite en quinze heures de route. Alors on prend l'avion, parfois, quand le budget suit. Mais surtout, on prend le bus de nuit. Et là, il faut que je casse un cliché : le bus de nuit argentin n'a rien à voir avec le trajet inconfortable qu'on imagine.

Il y a plusieurs catégories, et ça vaut le coup de les connaître. Le semi-cama, avec des sièges déjà bien inclinables et pas mal de place pour les jambes. Et le cama, la classe au-dessus, où le siège se transforme presque en lit, avec repose-pieds, couverture, oreiller et parfois un repas servi à la place, façon avion. J'ai dormi de vraies nuits dans ces bus. Le mien avait des rideaux, un film qui passait sur un petit écran, et un employé qui distribuait du café. Je me suis endormie dans une ville et réveillée à mille kilomètres, avec le lever du soleil sur la pampa par la vitre. Pour une voyageuse seule, c'est doublement malin : on économise une nuit d'hôtel et on gagne une journée sur place.

Petit vécu utile quand on voyage seule : je choisissais toujours un siège en cama, en haut à l'avant si possible, pour la vue et parce que je m'y sentais tranquille. Je gardais mon sac de valeur contre moi, jamais en soute pour celui-là. Et je n'ai jamais eu le moindre souci. On somnole, on lit, on regarde défiler un pays qui n'en finit pas. Ces trajets font partie du voyage, ils ne le grignotent pas.

Le budget en solo, plus doux qu'on ne croit

On me dit souvent que voyager seule coûte plus cher, et c'est vrai en partie. Quand on est deux, on partage la chambre double, le taxi, parfois le guide. Seule, on assume tout. Mais l'Argentine offre des parades, et j'ai fini par m'en sortir pour pas beaucoup plus qu'à deux. Le premier levier, c'est le dortoir. Un lit en auberge coûte une fraction d'une chambre privée, et en prime, c'est là que se passent les rencontres. Quand j'avais besoin de calme, je m'offrais une chambre privée pour une nuit ou deux, puis je repassais en dortoir. On dose selon l'humeur et le porte-monnaie.

Le deuxième levier, celui qui change tout, c'est de se greffer aux groupes pour les excursions. Une sortie en 4x4, un tour d'œnologie à Mendoza, une journée sur un glacier : tout ça coûte souvent un prix fixe par véhicule ou dégringole au prix par personne dès qu'on est plusieurs. Seule, il suffit de demander à l'auberge s'il y a d'autres voyageurs partants, ou de réserver un tour collectif. Je me suis retrouvée à quatre dans un 4x4 avec des inconnus devenus copains le temps d'une journée, et la note a été divisée d'autant. Pour tout ce qui touche aux chiffres, aux ordres de prix et à la fameuse valse des changes, je vous renvoie au budget détaillé d'un voyage en Argentine ; moi, je vous donne juste la logique de terrain.

Le soloPoint de vigilanceL'astuce de terrain
Liberté totale sur l'itinéraireOn peut vite s'éparpiller et tout survolerSe fixer deux ou trois régions, pas dix
Rencontres faciles en aubergeLe dortoir, ce n'est pas tous les soirs reposantAlterner dortoir et chambre privée selon la fatigue
Excursions à la carteLe prix solo peut grimper viteSe joindre à un groupe via l'auberge pour partager
Bus de nuit confortablesLes longues distances usent à la longuePrivilégier le cama et couper avec un vol de temps en temps
Sécurité globalement rassuranteVigilance nécessaire, surtout la nuitÉcouter son instinct, taxi le soir, discrétion avec les objets de valeur

La langue, ou l'art de se débrouiller

Je suis arrivée avec un espagnol scolaire honteux et l'accent d'une vache normande. Ça n'a pas suffi le premier jour, ça a largement suffi le dixième. L'espagnol argentin a ses bizarreries, le « che », le « vos » à la place du « tú », le son « ch » là où on attend un « ll », mais les gens sont patients, joueurs même, avec ceux qui essaient. Seule, on est forcée de se lancer. Pas de compagnon de voyage pour commander à votre place ou négocier le taxi. Et cette obligation, qui m'angoissait au départ, est devenue mon meilleur professeur.

Le contact passe par là. Trois mots d'espagnol maladroits ouvrent plus de portes que dix phrases parfaites en anglais. J'ai vu des visages s'éclairer simplement parce que je faisais l'effort. Alors je me trompais, on riait, on me corrigeait, et le lendemain je réutilisais le mot appris la veille. Voyager seule accélère ça de façon spectaculaire, parce que chaque interaction dépend de vous seule. Au bout de trois semaines, je rêvais à moitié en espagnol. Bancal, mais réel.

La solitude choisie, face aux grands espaces

Il y a la solitude subie, celle qu'on craint avant de partir. Et il y a la solitude choisie, celle qu'on découvre en route et qu'on finit par chérir. C'est en Patagonie que je l'ai vraiment rencontrée. Debout devant une immensité de steppe et de vent, sans personne à qui dire « regarde », j'ai eu un moment de vertige. Puis quelque chose s'est desserré. Ce silence était à moi. Cette vue était à moi. Je n'avais à la partager avec personne, et pour une fois ce n'était pas un manque, c'était un cadeau.

Un moment de solitude choisie, face aux grands espaces de Patagonie · IMG : voyageuse seule de dos contemplant l'immensité de la steppe patagonne battue par le vent

Voyager seule, c'est apprendre à être bien dans sa propre compagnie. Certains soirs, je choisissais de dîner seule, exprès, un carnet ouvert, à écouter la salle sans y participer. D'autres, je fonçais dans la bande de l'auberge. Le solo donne ce curseur qu'on ne maîtrise jamais aussi bien à plusieurs : la dose de gens qu'on veut, quand on la veut. Face aux montagnes, aux glaciers, à ces paysages qui vous rappellent votre petitesse sans jamais vous humilier, être seule prend une saveur particulière. On arrête de commenter, on se contente de regarder. C'est plus rare qu'on ne le croit.

Rester connectée, garder le lien

Partir seule ne veut pas dire couper le fil. J'ai pris une carte SIM locale dès Buenos Aires, quelques gigas pas chers, et j'ai eu du réseau presque partout, sauf au fin fond de la Patagonie, et là, honnêtement, ce n'était pas plus mal. Ça m'a permis d'envoyer un message à mes parents chaque soir, un simple « je suis bien arrivée quelque part », ce petit rituel qui les rassurait et qui me rassurait aussi. Le wifi des auberges fait le reste : on appelle chez soi, on cale la suite, on garde un pied dans les deux mondes.

Se faire des amis, c'est l'autre versant du lien. Les visages croisés en route, on les retrouve, on les suit sur les réseaux, on s'écrit encore des mois après. J'ai gardé contact avec une poignée de gens rencontrés là-bas, et certains sont devenus de vrais amis, du genre qu'on va voir dans leur pays. C'est ça aussi, le voyage en solo : on part seule, mais on ne le reste jamais vraiment longtemps. Buenos Aires, d'ailleurs, est le meilleur terrain d'entraînement pour ça, une ville faite pour se perdre et parler aux gens, comme je le raconte dans mes notes pour visiter Buenos Aires.

Alors, bonne idée ou pas ?

Je reviens à la question du début, celle de l'aéroport. Est-ce une bonne idée, l'Argentine en solo ? Pour moi, c'était la meilleure décision d'un voyage rempli de bonnes décisions. J'y suis allée avec la trouille au ventre et j'en suis revenue plus solide, plus sûre de moi, avec un carnet plein de prénoms et une façon différente d'être seule sans me sentir seule. Le pays s'y prête, les gens l'accueillent, et on n'a jamais l'impression de forcer quoi que ce soit.

Ça ne veut pas dire que c'est fait pour tout le monde, et je serais malhonnête de le prétendre. Si l'idée de manger seule au restaurant vous serre la gorge, si l'imprévu vous angoisse, si vous détestez devoir tout décider vous-même, alors le solo va vous coûter avant de vous rapporter. Mais si une petite voix en vous a envie d'essayer, même timide, même effrayée, je crois qu'il faut l'écouter. L'Argentine est un pays doux avec les gens qui arrivent seuls. Elle l'a été avec moi. Elle le sera sans doute avec vous.

Teste-toi

Pour alléger le budget d'une excursion quand on voyage seule en Argentine, la meilleure astuce de terrain est de :

Questions fréquentes

D'après mon vécu, oui : les auberges, les bus et les excursions sont rodés au voyageur indépendant, et la sociabilité argentine rend les rencontres faciles. Ce n'est pas un guide de sécurité, juste un ressenti de terrain.

Je m'y suis sentie en sécurité la plupart du temps, avec la vigilance qu'on aurait dans n'importe quelle grande ville. Pour le factuel sur les zones et les précautions, mieux vaut se référer à l'article dédié à la sécurité en Argentine.

Oui, surtout en cama : sièges quasi allongés, couverture, oreiller, parfois un repas. J'y ai dormi de vraies nuits en gardant simplement mes affaires de valeur avec moi.

Un peu, puisqu'on ne partage pas la chambre. Mais les dortoirs et les excursions partagées en groupe réduisent l'écart : je m'en suis sortie pour à peine plus qu'à deux.