Patagonie · Récit & guide

Puerto Madryn, la porte des baleines

IMG hero (Nano Banana) : front de mer de Puerto Madryn, plage et Atlantique, baleine au loin

En bref

J'ai débarqué à Puerto Madryn un après-midi de septembre, avec le vent qui rentrait par la portière du bus dès qu'on l'entrouvrait. La ville s'étire le long d'une baie ouverte sur l'Atlantique, plate, dessinée au cordeau, sans le folklore de bout du monde que j'attendais. On vient ici pour ce qui se passe dehors, dans l'eau et sur les plages des environs. La ville, elle, sert de camp de base, et elle assume ce rôle avec une simplicité qui m'a plu.

Puerto Madryn compte un peu plus de cent mille habitants, ce qui en fait la porte d'entrée logistique de toute cette portion de la côte de Chubut. Presque tout le monde y passe une nuit ou deux avant d'aller ailleurs. Moi le premier. J'y suis resté quatre jours en pensant en passer deux, parce que les choses intéressantes commencent souvent à quinze kilomètres du centre, et qu'il faut du temps pour y aller sans se presser.

Une ville-base, et ce que ça change

La première chose à comprendre, c'est que Puerto Madryn n'est pas une destination en soi au sens où on l'entend d'habitude. C'est un point d'appui. Les agences, les loueurs de voitures, les magasins de plongée, les cafés qui ouvrent tôt : tout est organisé autour du fait qu'on part le matin et qu'on rentre le soir. J'ai trouvé ça reposant, en fait. Pas de monument à cocher, pas de vieille ville à arpenter. On dort, on mange, on recharge, et on repart vers l'eau.

La ville doit son existence aux Gallois, débarqués ici en 1865 après une traversée qui avait duré près de deux mois. Ils ont posé le pied sur cette plage précise, sous les falaises, et ont commencé par creuser des abris dans le grès. On leur a élevé un monument sobre en haut du front de mer, une statue qui regarde le large. Je m'y suis arrêté un matin, café à la main, et j'ai eu du mal à imaginer qu'on ait pu débarquer là avec l'intention d'y rester. Rien, à cet endroit, ne promet grand-chose à première vue.

Le front de mer, la rambla

La rambla, c'est le long ruban qui borde la baie. On y marche, on y court, les gens du coin y viennent le soir avec un maté et une bouteille d'eau chaude sous le bras. Le sable est clair, l'eau d'un bleu-gris qui change avec la lumière. À marée basse, la mer recule loin et laisse une bande plate où traînent quelques carcasses de coquillages. Je m'y suis baigné une fois, en septembre, plus par principe que par plaisir : l'eau tournait autour de treize ou quatorze degrés et je suis ressorti vite. En plein été, entre décembre et février, c'est une autre histoire, et la ville se remplit d'Argentins venus passer leurs vacances au bord de l'Atlantique.

Comment rejoindre les sites

Deux façons de faire, et j'ai testé les deux. La voiture de location laisse libre : on part à l'heure qu'on veut, on s'arrête où on veut, on reste sur une plage aussi longtemps que le froid le permet. Les pistes vers El Doradillo et Punta Loma sont courtes mais poussiéreuses, et je conseille de vérifier l'état du chemin avant de s'y engager après la pluie. L'autre option, ce sont les excursions au départ de la ville, en minibus, avec un chauffeur qui connaît les horaires de marée et les coins où la faune se montre. J'ai commencé par une excursion, le premier jour, pour prendre mes repères, puis j'ai loué une voiture pour le reste. C'est un bon compromis : on se cale, puis on s'émancipe. Dans les deux cas, gardez de l'eau et un plein, parce qu'entre deux sites il n'y a souvent rien du tout, juste le plateau, les moutons et le vent.

Le front de mer de Puerto Madryn, la rambla longeant la baie sur l'Atlantique
La rambla en fin de journée, quand le vent tombe un peu.
Plage de Puerto Madryn à marée basse, sable clair et Atlantique gris-bleu
Marée basse : la mer recule de plusieurs dizaines de mètres.

El Doradillo : les baleines depuis la plage

C'est le site qui m'a le plus surpris, et c'est aussi le plus simple d'accès. El Doradillo est une plage située à une quinzaine de kilomètres au nord de la ville. On y arrive par une piste, on gare la voiture, on descend, et on attend. Entre la fin de l'hiver et le début du printemps austral, les baleines franches australes s'approchent de la côte pour mettre bas et élever leurs petits. La pente du fond descend vite, ce qui leur permet de rester tout près du bord. Résultat : on les voit depuis le sable, sans bateau.

Je précise tout de suite que je ne suis pas biologiste, et que tout ce que je raconte, je l'ai vu, pas étudié. Ce matin-là, il y avait une femelle et son baleineau à peut-être cinquante mètres du rivage. Le petit passait et repassait sur le dos de sa mère. On entendait le souffle, un bruit grave, court, suivi d'un jet de vapeur que le vent emportait aussitôt. J'ai dû rester deux heures assis dans le froid, les mains dans les poches, sans penser à grand-chose. Il n'y avait qu'une poignée de gens autour, tous silencieux. Personne ne commentait, et c'était mieux comme ça.

La saison des baleines s'étale en gros de juin à décembre, avec un pic autour de septembre et octobre. El Doradillo est gratuite et ouverte, contrairement à la réserve de la péninsule où l'observation se fait surtout en bateau depuis un autre village. Pour qui veut voir ces animaux sans embarquer, c'est ici, depuis la plage, que ça se passe le plus facilement.

On entendait le souffle avant de voir la baleine. Un bruit grave, court, que le vent emportait. Je suis resté deux heures assis dans le froid sans penser à grand-chose.Mathieu Estève

Punta Loma : les lions de mer

À l'opposé, au sud-est, une piste mène en une vingtaine de minutes à Punta Loma, une petite réserve provinciale accrochée aux falaises. En bas, sur les rochers, vit une colonie d'otaries, des lions de mer, pour être exact. On les observe d'en haut, depuis un belvédère aménagé, à bonne distance. L'odeur monte avant le bruit, puis le bruit avant les bêtes : ça grogne, ça se dispute, ça se vautre les unes sur les autres dans un désordre permanent.

Il faut faire attention à l'horaire, parce que la piste et le point de vue dépendent des marées et des conditions. Le jour où j'y suis allé, le vent soufflait tellement fort en haut de la falaise que je peinais à tenir mes jumelles. En contrebas, les cormorans nichaient dans une paroi ocre, et l'eau tapait contre les rochers avec régularité. C'est un site modeste, qu'on visite en une heure ou deux, mais il complète bien El Doradillo : d'un côté les baleines, de l'autre les otaries, les deux à un quart d'heure de voiture du centre.

Sous l'eau : plongée et snorkeling

Puerto Madryn se présente parfois comme la capitale argentine de la plongée, et je comprends pourquoi. L'eau du golfe est protégée, la vie y est dense, et plusieurs centres proposent des baptêmes pour ceux qui n'ont jamais mis la tête sous l'eau avec une bouteille. J'ai fait un baptême dans la baie, sans expérience préalable. Visibilité correcte, une dizaine de mètres ce jour-là, un fond de sable avec des vieilles épaves volontairement coulées qui servent d'abri aux poissons.

Il existe aussi, à certaines périodes, la possibilité de nager avec les lions de mer, un snorkeling encadré où l'on entre dans l'eau près d'une colonie. Je ne l'ai pas fait, faute de temps, mais des gens croisés le soir en parlaient encore les yeux brillants. L'eau reste froide toute l'année, autour de dix à quinze degrés, donc combinaison épaisse obligatoire. Ce n'est pas la plongée tiède des tropiques. C'est autre chose : gris, vivant, et franchement inattendu pour un coin qu'on associe d'abord au vent et aux baleines.

L'héritage gallois : Gaiman, Trelew et les dinosaures

En s'éloignant un peu, vers le sud, on tombe sur la vallée du Chubut et ses villages gallois. Trelew, la plus grande localité de la zone, se trouve à environ une heure de route. Gaiman, plus petit et plus charmant, un peu plus loin. On y parle encore parfois le gallois, on y sert le thé l'après-midi dans des maisons de brique entourées de jardins, avec des scones et des gâteaux noirs qui pèsent leur poids. J'ai passé un après-midi à Gaiman, attablé devant une théière trop grande pour moi seul, et j'ai fini par comprendre que le rituel comptait plus que la boisson.

Trelew abrite aussi le musée paléontologique Egidio Feruglio, qu'on appelle le MEF. Et là, il faut mettre de côté l'ironie qu'on peut avoir devant les musées de province : celui-ci est sérieux. La Patagonie est l'une des régions les plus riches au monde en fossiles de dinosaures, et les squelettes exposés viennent des chantiers de fouille alentour. On y voit notamment le moulage d'un titanosaure gigantesque, l'un des plus gros animaux terrestres jamais mis au jour. Je suis resté un long moment sous ses vertèbres, à essayer de me représenter la bête vivante. Sans y arriver, honnêtement.

Salon de thé gallois à Gaiman, vallée du Chubut, maison de brique et jardin
Gaiman : le thé de l'après-midi, hérité des colons gallois.
Squelette de dinosaure au musée paléontologique MEF de Trelew
Au MEF de Trelew, sous les vertèbres d'un titanosaure.

Et la Péninsule Valdés ?

C'est la grande voisine, et la raison pour laquelle beaucoup de gens viennent jusqu'ici. La réserve s'étend au nord-est, avec son isthme, ses lagunes et sa faune, manchots, éléphants de mer, orques, et les excursions en bateau au départ de Puerto Pirámides. Mais c'est un monde à part entière, qui mérite sa propre journée et son propre récit. Je ne la traite pas ici pour ne pas tout mélanger : j'en parle en détail dans mon carnet sur la Péninsule Valdés, où je raconte l'entrée dans la réserve, le circuit et ce qu'on y voit vraiment.

Ce qu'il faut retenir depuis Puerto Madryn, c'est juste la logistique : la ville est le point de départ le plus commode pour la péninsule, à environ une heure et demie de l'entrée de la réserve, et un peu plus du village de Puerto Pirámides où embarquent les bateaux. Beaucoup de voyageurs font l'aller-retour dans la journée. D'autres, comme moi, préfèrent dormir sur place pour avoir la faune au réveil.

Depuis Puerto Madryn, en un coup d'œil

SiteDistance depuis la villeÀ voir
El Doradillo~15 km (nord)Baleines franches australes depuis la plage, de juin à décembre
Punta Loma~17 km (sud-est)Colonie de lions de mer, cormorans, belvédère sur la falaise
Trelew / Gaiman~65 / 80 km (sud)Héritage gallois, salons de thé, musée de paléontologie MEF
Péninsule Valdés~90-100 km (nord-est)La réserve et sa faune, voir mon carnet dédié

Le vent, et le reste

Impossible de parler de Puerto Madryn sans parler du vent. Il souffle presque tout le temps, parfois par rafales à décorner un bœuf, et il structure les journées plus que l'heure. On sort tôt quand la mer est calme, on rentre quand ça forcit l'après-midi. Le climat est sec, désertique, avec de grands écarts entre le soleil et l'ombre. En septembre, je passais de la doudoune fermée au tee-shirt en une heure selon que le vent me trouvait ou non. Il faut prévoir des couches, un coupe-vent sérieux, et renoncer à toute coiffure.

La ville elle-même se traverse à pied en une demi-heure. Quelques restaurants servent l'agneau de Patagonie et les fruits de mer du golfe, il y a des glaciers un peu partout, et le soir la rambla se remplit de familles. Ce n'est pas trépidant. C'est calme, un peu rugueux, tourné vers l'eau. Pour rejoindre le reste de la Patagonie, on prend l'avion depuis Trelew ou le bus longue distance, les liaisons vers le sud et vers l'ouest existent, mais les distances sont énormes. Si vous continuez vers la cordillère et les lacs, je raconte l'autre versant de la région dans mon texte sur Bariloche, qui n'a plus rien à voir avec la côte.

Un dernier mot sur le calendrier, parce qu'il conditionne tout. Les baleines et la ville débordent de vie au printemps austral ; l'été apporte les baignades et les Argentins en vacances ; l'automne et l'hiver sont plus vides, plus venteux, mais lancent la saison des baleines. J'ai regroupé les repères par saison dans mon guide quand partir en Patagonie, pour caler les dates avant de réserver. Personnellement, si je devais choisir un mois, je reviendrais en septembre, pour le baleineau à cinquante mètres du bord, et pour ce silence sur la plage que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs.

Teste-toi

Où observe-t-on les baleines franches australes directement depuis la plage, près de Puerto Madryn ?

Questions fréquentes

La saison des baleines franches australes s'étale environ de juin à décembre, avec un pic autour de septembre et octobre. À El Doradillo, on les observe depuis la plage.

Les deux : Puerto Madryn est la ville-base et la porte d'entrée de la réserve, à environ une heure et demie de route. La Péninsule Valdés se visite sur une journée à part, avec sa faune propre.

Oui, la baie est réputée pour la plongée et propose des baptêmes accessibles aux débutants, ainsi que du snorkeling encadré. L'eau reste froide toute l'année, une combinaison épaisse est nécessaire.

Vers le sud, la vallée du Chubut et ses villages gallois, Gaiman et Trelew, avec les salons de thé et le musée de paléontologie MEF et ses squelettes de dinosaures.