
Préparer · Itinéraire
Itinéraire en Argentine : 2 à 3 semaines, quels enchaînements
En bref
- L'Argentine s'étire sur près de 3 700 km du nord au sud : le vrai piège est de vouloir tout faire en un seul voyage.
- Sur les longues distances, l'avion s'impose : Buenos Aires-El Calafate, c'est 3 h 15 de vol contre près de 40 h de bus.
- En 2 semaines, mieux vaut choisir un bloc (Patagonie, ou Nord-Ouest et Iguazú) et y ajouter Buenos Aires.
- En 3 semaines, on peut relier deux grandes régions, à raison d'une région par semaine et de vols bien placés.
La première fois que j'ai préparé un voyage en Argentine, j'avais tout coché sur la carte : Buenos Aires, les chutes, le Nord coloré, les glaciers, Ushuaia, la Péninsule Valdés. Trois semaines pour tout ça. J'ai fini par en couper la moitié devant l'écran, en additionnant les heures de vol et les prix des billets internes. C'est la leçon numéro un, et je la répète à chaque fois qu'on me demande un itinéraire : l'Argentine est immense, et le piège, c'est de vouloir tout faire.
Je ne suis pas agent de voyages et je ne vends rien. J'ai juste parcouru le pays plusieurs fois, dans des sens différents, avec des budgets et des durées différents, et je me suis planté assez souvent pour avoir des repères concrets à donner. Ici je pose des ordres de grandeur, des distances, des temps de trajet, et deux ou trois façons d'enchaîner les régions. Ce sont des options, pas des ordres. À toi de tailler selon ce que tu veux vraiment voir.
D'abord, une idée de la taille du pays
Un chiffre pour planter le décor : du nord au sud, l'Argentine s'étire sur près de 3 700 kilomètres. Entre les chutes d'Iguazú, tout au nord-est, et Ushuaia, tout en bas, il y a plus de 4 000 kilomètres à vol d'oiseau. C'est la distance de Lisbonne à Moscou, à peu près. On ne traverse pas ça en voiture le temps d'un week-end prolongé, et pourtant je vois régulièrement des itinéraires qui veulent caser la Patagonie glaciaire, le désert du Nord-Ouest et la jungle d'Iguazú dans quinze jours. Sur le papier, ça tient. Dans la vraie vie, tu passes ton voyage dans les aéroports.
Buenos Aires sert de pivot à presque tout. Le réseau de vols intérieurs part en étoile depuis la capitale, et rejoindre deux régions éloignées suppose souvent de repasser par elle. Aller de El Calafate, dans le Sud, jusqu'à Salta, dans le Nord, c'est en pratique deux vols avec une escale à Buenos Aires, et une bonne demi-journée perdue en transit. Rien de dramatique, mais c'est du temps qui ne se voit pas quand on trace des flèches sur une carte.
Ma règle de pouce, celle que j'aurais aimé qu'on me donne : pas plus d'une grande région par semaine de voyage. En dessous, on court après les correspondances. C'est valable pour la plupart des destinations lointaines, mais en Argentine les distances sont telles que l'erreur se paie cash.
Vols intérieurs ou bus : le vrai arbitrage
C'est la question qui commande tout le reste. L'Argentine a un réseau de bus longue distance excellent, confortable, avec des sièges qui s'inclinent presque à plat sur les trajets de nuit. J'ai adoré ces bus. Mais il faut regarder les durées en face avant de romantiser le voyage au ras du sol.
Quelques repères que j'ai en tête. Buenos Aires vers El Calafate, porte d'entrée des glaciers : environ 3 heures 15 en avion, contre près de 40 heures en bus. Buenos Aires vers Iguazú : moins de 2 heures de vol, ou à peu près 18 heures de bus. Buenos Aires vers Salta, dans le Nord-Ouest : autour de 2 heures en l'air, ou une vingtaine d'heures sur la route. Buenos Aires vers Ushuaia, tout en bas : à peine plus de 3 heures 30 de vol, et par la route c'est une expédition de plusieurs jours qui traverse le Chili.
La conclusion s'impose d'elle-même : sur les très longues distances, l'avion n'est pas un luxe, c'est ce qui rend l'itinéraire possible. Un vol interne, même quand il coûte un peu cher, rachète une journée et demie de bus. En quinze jours de voyage, deux ou trois vols bien placés changent complètement ce qu'on arrive à voir. Le bus, je le garde pour les segments courts et beaux : Salta vers Cafayate par la vallée, El Calafate vers El Chaltén, les liaisons entre lacs autour de Bariloche. Là, la route fait partie du plaisir.
Un mot pratique : les vols intérieurs se remplissent et leurs prix montent quand on s'y prend tard, surtout en haute saison. Je réserve les segments longs assez tôt et je garde de la souplesse sur les trajets courts. Pour les bus, on peut souvent acheter quelques jours avant sans souci, sauf autour des grands week-ends argentins.
Deux semaines : il faut choisir
Quinze jours, c'est le format le plus courant, et c'est aussi celui où le piège des distances fait le plus de dégâts. Mon conseil, appris à mes dépens : ne pas essayer de faire le grand écart nord-sud. Choisis un bloc, ajoute Buenos Aires, et assume de laisser le reste pour une prochaine fois. L'Argentine ne va nulle part.
Option A : Buenos Aires et la Patagonie du Sud
C'est l'itinéraire que je conseille le plus souvent pour une première fois, parce qu'il concentre ce qui fait rêver et qu'il reste cohérent géographiquement. Deux ou trois jours à Buenos Aires pour l'atterrissage, le décalage horaire et une bonne dose de ville, puis un vol vers El Calafate. De là, on va voir le glacier Perito Moreno, cette paroi de glace qui craque et vêle sous les yeux, et on file trois heures plus au nord vers El Chaltén, au pied du Fitz Roy, pour deux ou trois journées de marche. Si le temps le permet, on descend finir tout en bas, à Ushuaia, au bout du monde, avec le canal Beagle et la fin de la Route 3.
Sur deux semaines, ça tient sans courir, à condition d'accepter un ou deux vols internes. Le risque, c'est la météo patagonne, qui décide à ta place : je prévois toujours une journée tampon quelque part, parce que le Fitz Roy passe son temps dans les nuages et qu'un jour de rab peut sauver la vue.
Option B : Buenos Aires, le Nord-Ouest et les chutes
L'autre moitié du pays, celle qu'on oublie parfois et qui vaut largement le détour. Buenos Aires en ouverture, puis un vol vers Salta pour explorer le Nord-Ouest : les villages de la Quebrada de Humahuaca, Purmamarca et sa montagne aux sept couleurs, Tilcara et ses ruines, puis la descente vers Cafayate à travers une vallée rouge plantée de cactus, entre les vignobles d'altitude. On termine par un saut au nord-est, aux chutes d'Iguazú, un des spectacles les plus violents que je connaisse, à la frontière du Brésil.
Cet enchaînement demande de bien gérer les vols, car Salta et Iguazú sont aux deux extrémités du nord et se rejoignent presque toujours via Buenos Aires. Mais le contraste est superbe : le désert d'altitude sec et coloré d'un côté, la jungle trempée et bruyante de l'autre. C'est un tout autre visage de l'Argentine, loin des cartes postales glaciaires, et il fait souvent plus chaud, ce qui n'est pas un détail selon la saison.
Le piège n'est pas de manquer un endroit. C'est de vouloir les voir tous, et de passer son voyage à courir après un avion au lieu de regarder le paysage.Mathieu Estève
Trois semaines : là on peut relier deux blocs
Avec vingt et un jours, la donne change. On peut raisonnablement combiner deux grandes régions au lieu d'en choisir une, à condition de garder la tête froide sur les transferts. C'est le format que je préfère, parce qu'il laisse respirer le voyage : on s'arrête, on traîne une journée de plus quelque part, on rate un bus sans que tout s'écroule.
Le grand tour classique que je propose ressemble à ça. On commence par Buenos Aires, trois jours pour la ville et une escapade vers une estancia ou le delta du Tigre. Puis le Sud : El Calafate et le Perito Moreno, El Chaltén et ses sentiers, éventuellement Ushuaia si on veut aller toucher le bout. On remonte ensuite vers le Nord-Ouest, Salta, la Quebrada, Cafayate, pour changer complètement de décor et de climat. Et si l'énergie est encore là, on ferme avec les chutes d'Iguazú avant de rentrer sur Buenos Aires.
Trois semaines, ça paraît long depuis chez soi, mais ça se remplit vite quand chaque saut d'une région à l'autre coûte un vol et une demi-journée. Je préfère toujours deux ou trois bases où l'on pose vraiment ses affaires, plutôt qu'une nuit par ville. On voit moins de lieux, mais on en garde davantage. C'est un arbitrage personnel, chacun le règle à sa façon : certains carburent au rythme soutenu, moi j'ai besoin de m'asseoir quelque part et de laisser un endroit m'imprégner.
Variante que j'aime bien pour ceux qui préfèrent la faune et les lacs à la haute montagne : remplacer une partie du grand Sud par la Péninsule Valdés, du côté de Puerto Madryn, pour les baleines et les manchots en saison, puis Bariloche et la région des lacs, plus douce et plus verte que la Patagonie australe. On perd les glaciers, on gagne un autre rythme, plus contemplatif. Il n'y a pas de bon choix universel, juste le tien.
Trois itinéraires types, pour donner des repères
Voici, résumés, les trois canevas dont je viens de parler. Les durées sont indicatives et supposent des vols internes sur les longs segments. À moduler selon ton rythme, ton budget et la saison.
| Format | Étapes | Points forts |
|---|---|---|
| 2 semaines, Patagonie | Buenos Aires → El Calafate (Perito Moreno) → El Chaltén (Fitz Roy) → Ushuaia | Glaciers, treks, bout du monde ; cohérent géographiquement |
| 2 semaines, Nord & Buenos Aires | Buenos Aires → Salta → Quebrada de Humahuaca → Cafayate → Iguazú | Déserts colorés, vignobles d'altitude, chutes ; climat plus chaud |
| 3 semaines, grand tour | Buenos Aires → Sud (Calafate, Chaltén, Ushuaia) → Nord-Ouest (Salta, Quebrada) → Iguazú | Deux visages du pays, contraste maximal ; suppose plusieurs vols |
Rien n'oblige à suivre l'un de ces tracés à la lettre. Ce sont des points de départ pour réfléchir, pas des menus fixes. On enlève une étape, on en ajoute une, on inverse le sens. L'essentiel, c'est de ne pas dépasser une région par semaine et de placer les vols aux bons endroits.
Boucle ou aller simple ?
Question qu'on se pose peu et qui compte pourtant. Comme Buenos Aires concentre les vols internationaux et sert de pivot au réseau interne, la plupart des itinéraires finissent par y revenir de toute façon. Autant l'assumer et construire une boucle qui repasse par la capitale, plutôt que de rêver d'un grand aller simple du nord au sud qui, dans les faits, oblige à d'interminables transferts terrestres.
Sur les segments courts, en revanche, l'aller simple est souvent plus malin que la boucle. Entre El Calafate et El Chaltén, par exemple, on fait l'aller-retour parce qu'il n'y a pas d'autre route, mais dans le Nord-Ouest on peut tracer une boucle Salta - Quebrada - Cafayate - Salta qui ne repasse jamais deux fois par le même paysage. Je regarde toujours si un tronçon peut se faire en circuit plutôt qu'en va-et-vient : on voit plus de choses pour le même temps.
Le fantasme du road trip intégral sur la Route 40, du nord au sud le long des Andes, existe et se réalise, mais il faut savoir dans quoi on s'engage : des milliers de kilomètres, de longues portions vides, des stations-service espacées, et un temps qui se compte en semaines, pas en jours. C'est un voyage en soi, magnifique pour qui a le temps, mais ce n'est pas la façon de « faire l'Argentine » en deux ou trois semaines. Je le dis pour éviter la déception, pas pour décourager.
La saison change tout le calcul
Un itinéraire n'a pas de sens hors saison. La Patagonie se visite surtout l'été austral, grosso modo de novembre à mars, quand les sentiers sont praticables et les journées longues. Le Nord-Ouest, lui, est plus agréable au printemps ou à l'automne, l'été y étant chaud et humide dans certaines vallées. Vouloir tout combiner en plein hiver argentin, en juillet, revient à passer à côté de la moitié du Sud, où beaucoup de choses tournent au ralenti.
C'est pour ça que je cale toujours l'itinéraire sur les dates avant de trancher les étapes, et pas l'inverse. Un même voyage n'a pas la même forme en janvier et en septembre. J'ai réuni mes repères là-dessus dans le guide quand partir en Argentine, région par région, parce que ce pays couvre trop de latitudes pour avoir une seule bonne saison.
Ce que je ferais, si on me forçait à trancher
On me demande souvent « et toi, tu ferais quoi ». Alors voilà, sans en faire une vérité : pour une première fois en deux semaines, je choisirais Buenos Aires et la Patagonie du Sud, quitte à laisser Ushuaia de côté si le temps manque. C'est l'Argentine des glaciers et des grands espaces, celle qui marque le plus, et l'enchaînement reste simple. Je garderais le Nord-Ouest et Iguazú pour un second voyage, ou pour trois semaines pleines.
Mais ce n'est que mon angle. Quelqu'un qui déteste le froid, qui préfère les couleurs et les villages aux glaciers, aura tout intérêt à inverser et à commencer par le Nord. Il n'y a pas de mauvais itinéraire en Argentine, il y a seulement celui qui essaie d'en faire trop. Choisis ton bloc, respire, et laisse-toi de la marge pour les jours où l'avion est en retard ou où tu as juste envie de rester une nuit de plus quelque part. C'est souvent ces jours-là qu'on se souvient le mieux.
Teste-toi
Combien de temps compter pour rejoindre El Calafate depuis Buenos Aires en avion ?
Questions fréquentes
C'est très difficile sans passer son temps dans les avions. Sur 15 jours, mieux vaut choisir un bloc, la Patagonie du Sud ou le Nord-Ouest avec Iguazú, et garder le reste pour un autre voyage.
Les deux, selon la distance. L'avion pour les longs segments (Buenos Aires vers Calafate, Salta, Ushuaia ou Iguazú), le bus pour les trajets courts et beaux comme Salta-Cafayate ou El Calafate-El Chaltén.
Raisonnablement deux grandes régions, par exemple le Sud puis le Nord-Ouest, en comptant environ une région par semaine et en plaçant les vols internes aux bons endroits.
Comme Buenos Aires sert de pivot aux vols, la plupart des itinéraires y reviennent : une boucle par la capitale est souvent plus simple qu'un grand aller simple nord-sud, qui impose de longs transferts terrestres.