Patagonie · Récit & guide

Le glacier Perito Moreno : ce que ca fait, vraiment

Front du glacier Perito Moreno, glace bleue crevassee, passerelles au premier plan, lumiere du matin

En bref

On m'avait prévenu : « tu vas l'entendre avant de le voir ». C'est vrai. Bien avant d'arriver aux passerelles, il y a ce bruit, un craquement sourd, puis une détonation, comme un coup de canon lointain. C'est un bloc de glace gros comme un immeuble qui vient de se détacher du front et de s'écrouler dans le lac Argentino.

Le Perito Moreno n'est pas le plus grand glacier de Patagonie. Ce n'est pas non plus le plus dur d'accès, et c'est sans doute pour ça qu'on le boude parfois, entre voyageurs qui cherchent l'exploit. Grosse erreur. C'est l'un des rares glaciers au monde qu'on regarde vivre en temps réel, confortablement, depuis un réseau de passerelles posées juste en face. Et « vivre », ici, n'est pas une figure de style : il avance de deux à trois mètres par jour.

Un glacier qui porte le nom d'un explorateur

Le nom prête à sourire quand on ne connaît pas : « perito » n'est pas un prénom, c'est le mot espagnol pour « expert ». Le glacier rend hommage à Francisco Moreno, l'explorateur qui a arpenté la Patagonie à la fin du XIXᵉ siècle et pesé lourd dans le tracé de la frontière avec le Chili. On dit donc « le glacier de l'expert Moreno », ce qui, pour un bout de glace qui n'en fait qu'à sa tête, a quelque chose d'ironique.

Géographiquement, il descend du Campo de Hielo Patagónico Sur, l'immense calotte glaciaire que se partagent l'Argentine et le Chili, l'une des plus grandes réserves d'eau douce de la planète. Il se jette dans le lac Argentino, à l'intérieur du parc national Los Glaciares, dans la province de Santa Cruz. Le parc est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, et quand on est planté devant, on comprend pourquoi sans avoir besoin qu'on vous l'explique.

Y aller depuis El Calafate

El Calafate est la base arrière, et le village a poussé pour ça : agences, loueurs de voitures, bus qui partent le matin et reviennent en fin d'après-midi. Le glacier est à environ 80 kilomètres à l'ouest, une petite heure et quart à une heure et demie de route qui longe le lac Argentino avant d'entrer dans le parc. En voiture, on s'arrête où l'on veut ; en excursion, on ne gère rien mais on suit le rythme du groupe. Les deux se valent, c'est une histoire d'autonomie.

Le front du glacier plonge dans le lac Argentino, entre le Canal de los Témpanos et le Brazo Rico. · IMG : vue large depuis les passerelles supérieures

Les passerelles : l'évidence

Depuis l'entrée du parc, un réseau de passerelles métalliques descend en balcons face au glacier, sur la Península de Magallanes. On y passe des heures à monter, descendre, changer d'angle. Le niveau supérieur donne la vue d'ensemble, cette langue de glace de cinq kilomètres de large qui semble s'être arrêtée en pleine avancée. Le bas vous met presque au ras de l'eau, là où le fracas des vêlages est le plus impressionnant, face au Canal de los Témpanos, le « canal des icebergs ».

Un conseil qui ne coûte rien : couvrez-vous. Même en plein été austral, le vent qui descend du glacier est glacial, et on reste plus longtemps qu'on ne le croit, aimanté par l'attente du prochain effondrement.

Comparer les trois façons de le voir

Il n'y a pas de « meilleure » option dans l'absolu, juste celle qui correspond à ce que vous cherchez. Voici comment je la résume à ceux qui me posent la question.

FormuleDurée sur placeNiveauPour qui
Passerelles2 à 4 hTrès facileTout le monde, familles
MinitrekkingDemi-journéeModéré (crampons)Marcher sur la glace
Navigation~1 hFacileVoir le front de près
On reste là, à guetter le prochain effondrement comme on attend une vague. Et quand il vient, tout le monde retient son souffle en même temps. Mathieu Estève

Marcher sur la glace : le minitrekking

Si vous voulez le contact, c'est l'option. On traverse le Brazo Rico en bateau, on chausse les crampons avec un encadrement, et on marche une petite heure et demie sur la glace, entre les crevasses d'un bleu qui n'existe nulle part ailleurs. Rien de technique, mais des sensations qui restent, et cette impression étrange de fouler quelque chose de vivant. Ça se réserve à l'avance : les places sont limitées et partent vite en haute saison.

La navigation au pied du front

Troisième approche, la plus courte : un bateau qui longe le mur de glace côté sud. On mesure alors vraiment les soixante mètres de hauteur du front, cette paroi bleutée qui craque au-dessus de vous. C'est aussi le point de départ, plus au nord dans le parc, des navigations qui vont voir d'autres géants du lac Argentino, comme le glacier Upsala, encore plus large mais moins accessible à pied.

Pourquoi il « avance », et le fameux rompimiento

La plupart des glaciers du Campo de Hielo Sur reculent. Le Perito Moreno, lui, tient sa position, en équilibre : ce qu'il perd en vêlages, il le regagne en avançant. De temps en temps, son front finit par toucher la Península de Magallanes et barre le Brazo Rico. L'eau monte d'un côté, la pression grimpe, et un jour la glace cède dans un effondrement spectaculaire, le rompimiento. Ça n'arrive pas tous les ans, ça ne se commande pas, et ceux qui y assistent en parlent encore des années après.

Quand y aller

L'été austral, de novembre à mars, donne les journées les plus longues et les plus douces, mais aussi le plus de monde sur les passerelles. Octobre et avril, en épaule de saison, sont plus calmes et souvent superbes, avec une lumière rasante qui fait ressortir le bleu. En plein hiver, tout est ouvert mais on partage le parc avec le froid et le silence, mon moment préféré, honnêtement.

Le prolonger dans le reste du parc

Le Perito Moreno n'est qu'une porte d'entrée. Au nord du même parc national Los Glaciares, El Chaltén et le Fitz Roy offrent la plus belle randonnée d'Argentine. Plus au sud encore, Ushuaia marque le bout des routes, sur le canal Beagle. Et avant de réserver quoi que ce soit, jetez un œil à quand partir en Patagonie : ici, la saison change tout.

Trois réflexes pour les photos

La lumière du matin frappe le front de face et fait chanter le bleu ; l'après-midi, on est plus souvent en contre-jour. Pour attraper un vêlage, il n'y a pas de secret : on repère une zone qui « travaille », de petites chutes, un grondement, et on garde l'appareil dessus, en filmant plutôt qu'en photographiant. Et on n'oublie pas de poser l'objectif, au moins une fois, pour le regarder pour de vrai.

Teste-toi

Quelle est la hauteur approximative du front du glacier au-dessus du lac ?

Questions fréquentes

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