Carnet · Itinéraire vécu

Trois semaines en Argentine : mon grand tour, étape par étape

IMG hero (Nano Banana) : carte d'Argentine annotée, billets d'avion intérieurs, carnet de route sur une table

En bref

J'ai mis trois semaines à comprendre une chose toute bête : l'Argentine ne se visite pas, elle se traverse. Le pays fait presque quatre mille kilomètres du nord au sud, et la première fois qu'on regarde la carte, on veut tout. Les chutes tropicales au nord, les vignes de Mendoza, les glaciers en bas, la Terre de Feu tout au bout. On coche, on relie, on se dit que ça tient. Puis on additionne les heures de vol et de bus, et là seulement on commence à couper.

Ce carnet raconte le grand tour que j'ai fini par faire, vingt et une nuits, huit étapes, un enchaînement du nord-est vers le sud. Ce n'est pas le seul itinéraire possible, loin de là. C'est celui qui a marché pour moi, avec ses arbitrages, ses trajets un peu longs et les deux ou trois endroits où j'aurais dû rester une nuit de plus. Si vous cherchez plutôt un panorama d'options plus court, j'ai détaillé ça ailleurs dans l'itinéraire de deux semaines. Ici, on part sur trois, et on va au bout.

Un mot avant de commencer : les distances. Elles sont le vrai personnage de ce voyage. Un vol intérieur Buenos Aires–Ushuaia, c'est plus de trois heures. Un bus El Calafate–Bariloche, c'est une journée entière et parfois davantage. Vouloir tout faire en trois semaines, c'est possible, mais ça se paie en aéroports et en nuits courtes. J'ai choisi de sacrifier le confort du rythme lent pour voir large. À vous de voir si c'est le bon calcul.

Jours 1 à 3, Buenos Aires, le sas d'entrée

On arrive à Buenos Aires fatigué, décalé, souvent tôt le matin. J'ai gardé trois nuits, et je ne regrette rien. La ville demande du temps rien que pour s'y poser, et elle mérite mieux qu'une escale. Le premier jour, j'ai à peine marché : San Telmo, un café, une sieste involontaire. Le décalage horaire fait le reste.

Les deux jours suivants, j'ai laissé la ville m'emmener. Recoleta et son cimetière, Palermo et ses arbres, La Boca pour une heure et pas davantage, c'est joli et c'est touristique, les deux à la fois. Un soir de tango, pas le spectacle pour cars mais une milonga de quartier où personne ne vous regarde danser mal. J'ai noté mes coins préférés dans un billet dédié, si vous voulez visiter Buenos Aires sans courir.

Trois nuits, c'est le bon dosage pour caler l'horloge et prendre le pouls du pays avant les grands sauts. Si votre voyage démarre vraiment serré, vous pouvez descendre à deux nuits. En dessous, ce n'est plus une étape, c'est un transit.

Un matin gris sur les toits de San Telmo, avant le café. · IMG : rue pavée de San Telmo, Buenos Aires, lumière douce

Jours 4 et 5, Iguazú, le grand écart climatique

De Buenos Aires, un vol d'environ une heure cinquante vous dépose à Puerto Iguazú, et vous changez de monde. On passe des trottoirs frais de la capitale à une moiteur de serre. Les chutes sont à la hauteur de leur réputation, ce qui est rare. J'ai pris deux nuits, ce qui laisse une pleine journée côté argentin et une matinée pour souffler.

Le côté argentin des chutes d'Iguazú se marche : des passerelles vous mènent jusqu'au bord de la Garganta del Diablo, la Gorge du Diable, où l'eau tombe sans qu'on en voie le fond. C'est bruyant, trempé, et on en ressort un peu bête, à sourire tout seul. Beaucoup font aussi un saut côté brésilien pour la vue d'ensemble. Je ne l'ai pas fait, faute de temps et par flemme des formalités. Je ne me suis pas senti lésé pour autant.

Deux nuits suffisent largement. C'est une étape qu'on coupe volontiers si le voyage se raccourcit, parce qu'elle est à l'écart de l'axe nord-ouest/sud. Mais si vous la gardez, ne la bâclez pas : le détour ne vaut le coup qu'à condition de prendre le temps de tremper vos chaussures.

Jours 6 à 9, Salta et le Nord-Ouest, ma vraie surprise

C'est l'étape que je recommanderais en premier à quiconque me demande. Depuis Iguazú, j'ai dû repasser par Buenos Aires, les vols directs entre régions sont rares, et c'est un des pièges du pays : on croit voler d'un point à l'autre, on transite en réalité par la capitale. Comptez une bonne demi-journée perdue. De Buenos Aires, Salta est à environ deux heures de vol.

J'ai posé quatre nuits à Salta, et j'en aurais bien pris une de plus. La ville est douce, coloniale, à peine plus grande qu'il ne faut. Mais c'est autour qu'on vient : la Quebrada de Humahuaca, Purmamarca et sa montagne aux sept couleurs, les Salinas Grandes qui aveuglent, Cafayate et ses vignobles d'altitude au sud. On loue une voiture ou on prend un tour, et on roule beaucoup, sur des routes qui montent haut. L'altitude se sent, buvez de l'eau et ne courez pas.

Quatre jours, c'est le minimum pour voir le nord et le sud de Salta sans s'épuiser. Si vous manquez de temps ailleurs, c'est ici que je garderais mes nuits plutôt qu'à Iguazú. Le Nord-Ouest, on ne le trouve nulle part ailleurs.

Le pays punit ceux qui veulent tout voir. Choisissez trois régions et respirez-les, plutôt que huit que vous traverserez en dormant dans les avions.Mathieu Estève

Jours 10 et 11, Mendoza, la parenthèse vigne

Depuis Salta, rejoindre Mendoza demande, là encore, souvent un passage par Buenos Aires ; le vol direct existe mais reste capricieux selon les saisons. Comptez autour de deux heures en l'air, plus l'attente. J'ai gardé deux nuits, et c'était juste assez pour une région dont on pourrait faire un voyage à part entière.

Mendoza, c'est le vin, évidemment. J'ai passé une journée à vélo entre deux bodegas de Maipú, ce qui est cliché et parfait à la fois. Le Malbec se boit là où il pousse, à l'ombre, avec la cordillère en fond. L'autre journée, j'ai regardé l'Aconcagua de loin sans jamais l'approcher vraiment, les excursions haute montagne prennent une journée complète que je n'avais pas.

Deux nuits, c'est une parenthèse assumée, pas une immersion. Si votre voyage se resserre, Mendoza est la première étape que je couperais du grand tour, non parce qu'elle démérite, mais parce qu'elle rompt un peu la logique nord/sud. On y revient, un jour, pour elle seule.

Jours 12 à 14, Bariloche, le basculement vers le sud

Ici commence la Patagonie, et le ton change. De Mendoza ou de Buenos Aires, Bariloche est à environ deux heures de vol. Le bus existe et il est long, une nuit entière, voire davantage depuis la capitale. J'ai pris l'avion sans hésiter, et je vous le conseille : sur ces distances, le bus n'a de sens que si vous aimez vraiment regarder défiler la pampa.

Trois nuits à Bariloche, entre lacs et forêts, avec un air qui sent déjà le sud. Le Circuito Chico se fait en une journée, en voiture ou à vélo pour les courageux. J'ai marché un peu, mangé beaucoup trop de chocolat, c'est la spécialité locale et on ne résiste pas, et pris un après-midi rien que pour ne rien faire au bord du lac Nahuel Huapi.

Bariloche est une charnière. Elle sépare le nord lumineux du grand sud minéral, et elle offre une respiration bienvenue avant les longs trajets qui suivent. Deux nuits suffisent si le temps presse, mais la troisième m'a servi à souffler avant la Patagonie profonde.

Le lac Nahuel Huapi en fin de journée, quand le vent tombe enfin. · IMG : lac et montagnes près de Bariloche, lumière de fin d'après-midi

Jours 15 et 16, El Calafate et le Perito Moreno

Le grand saut vers le sud profond. Depuis Buenos Aires, El Calafate est à environ trois heures et demie de vol, et depuis Bariloche, les liaisons directes sont rares, donc préparez-vous, encore, à un possible détour par la capitale. C'est le prix de la Patagonie : elle est loin de tout, y compris du reste de l'Argentine.

J'ai gardé deux nuits à El Calafate, et c'est calibré. La ville en elle-même est une base, pas une destination. Ce qu'on vient chercher, c'est le glacier Perito Moreno, à une petite heure et demie de route. On y passe une journée entière, sur les passerelles, à guetter le moment où un pan de glace lâche dans un fracas de tonnerre. On l'entend avant de le voir. Ça reste un des rares spectacles naturels qui m'a coupé le sifflet.

Deux nuits, une journée pour le glacier, une demi-journée de battement en cas de vent, car le vent, ici, décide beaucoup de choses. C'est une étape qu'on ne coupe pas : c'est souvent elle qui déclenche tout le voyage.

Jours 17 à 19, El Chaltén et le Fitz Roy

D'El Calafate, un bus d'environ trois heures vous mène à El Chaltén, le village posé au pied du massif du Fitz Roy. Pas d'avion ici, et c'est très bien ainsi : la route longe le lac Viedma et prépare le regard. Le village est minuscule, la capitale argentine du trekking, et tout s'y fait à pied depuis la porte de votre logement.

J'ai gardé trois nuits, ce qui donne deux vraies journées de marche. La randonnée jusqu'à la Laguna de los Tres, au pied du Fitz Roy, se mérite : une longue montée, un dernier kilomètre raide, et une récompense qui dépend entièrement de la météo. J'ai eu de la chance, le sommet était dégagé une heure. Beaucoup n'ont vu que des nuages. La seconde journée, une marche plus douce vers la Laguna Torre, avec le vent pour seule compagnie.

Trois nuits, c'est le bon nombre parce que la météo commande. Avec deux jours de marche, on se donne une chance d'avoir une éclaircie. Si vous ne gardez qu'une journée, vous priez pour le beau temps, et la Patagonie n'est pas tendre avec ceux qui prient.

Jours 20 et 21, Ushuaia, au bout de la route

Le dernier saut. On repasse par El Calafate, retour en bus, trois heures, puis un vol d'environ une heure vingt jusqu'à Ushuaia, la ville la plus australe du monde, ou presque. On le sent : la lumière, le froid qui pince même en été, cette impression d'être arrivé à la fin de quelque chose.

Deux nuits à Ushuaia, entre le canal Beagle et le parc national de la Terre de Feu. J'ai pris un bateau sur le canal, croisé des otaries et un phare, et marché une demi-journée dans le parc, là où la route panaméricaine s'arrête pour de bon. C'est modeste comme paysage après le Fitz Roy, mais le symbole compte : on est au bout, et le vol du retour part de là.

Deux nuits suffisent pour Ushuaia elle-même. Si vous rêvez de l'Antarctique, sachez que les expéditions partent d'ici, mais c'est un autre voyage, un autre budget, et ça ne se glisse pas dans trois semaines.

Les vingt et un jours en un coup d'œil

Voici l'ossature du tour, étape par étape. Les durées de vol sont approximatives et dépendent des correspondances, souvent par Buenos Aires, qui reste le hub de fait pour presque tout le pays.

ÉtapeNuitsComment y aller
Buenos Aires3Vol international, point de départ
Iguazú2Vol ≈ 1 h 50 depuis Buenos Aires
Salta et le Nord-Ouest4Vol ≈ 2 h, souvent via Buenos Aires
Mendoza2Vol ≈ 2 h, direct capricieux ou via BA
Bariloche3Vol ≈ 2 h ; bus très long
El Calafate2Vol ≈ 3 h 30 depuis Buenos Aires
El Chaltén3Bus ≈ 3 h depuis El Calafate
Ushuaia2Bus + vol ≈ 1 h 20 via El Calafate

Total : vingt et une nuits, huit étapes. Sur le papier, ça tient dans une seule ligne. Dans les jambes, c'est autre chose.

Ce qu'on coupe, et pourquoi j'ai fait un aller simple

Si vous n'avez que deux semaines, voici l'ordre dans lequel je taillerais. D'abord Mendoza, qui casse la logique nord/sud. Ensuite Iguazú, magnifique mais excentrée. Vous gardez alors Buenos Aires, Salta, la Patagonie glaciaire et Ushuaia, c'est un tour resserré et cohérent, sans le sentiment de courir. À l'inverse, si vous aimez le rythme lent, ajoutez une nuit à Salta et une à El Chaltén, et laissez tomber une étape du milieu.

Sur les vols contre les bus, mon avis est net : au-dessus de six ou sept heures de trajet, l'avion se justifie presque toujours, ne serait-ce que pour la nuit gagnée. Le bus argentin est confortable, les sièges s'inclinent presque à plat, mais une nuit de bus, c'est une journée de fatigue au réveil. Je réserve les bus aux courtes liaisons, comme El Calafate–El Chaltén, où la route fait partie du paysage.

Boucle ou aller simple ? J'ai choisi l'aller simple, en descendant du nord vers le sud pour finir à Ushuaia et rentrer de là. Ça évite de remonter tout le pays et ça donne au voyage une direction, une fin logique. Une boucle par Buenos Aires marche aussi, mais elle ajoute des heures de vol de retour. La géographie de l'Argentine récompense ceux qui vont dans un sens et acceptent de ne pas revenir sur leurs pas.

Trois semaines, au fond, c'est beaucoup et c'est peu. Assez pour toucher du doigt la diversité du pays, trop peu pour en épuiser une seule région. Je suis reparti avec la certitude tranquille d'y revenir, et une liste d'endroits que j'ai vus par la fenêtre sans jamais m'y arrêter. C'est peut-être ça, la vraie mesure d'un bon voyage : la longueur de ce qu'il vous reste à faire.

Teste-toi

Dans un grand tour d'Argentine en 3 semaines, quelle ville sert de hub pour la plupart des vols intérieurs ?

Questions fréquentes

Pour toucher sa diversité, oui ; pour l'épuiser, non. Vingt et une nuits permettent d'enchaîner Buenos Aires, le Nord-Ouest et la Patagonie, mais chaque région mériterait un voyage à part entière.

Au-delà de six ou sept heures de trajet, l'avion se justifie presque toujours, ne serait-ce que pour la nuit gagnée. Le bus reste agréable sur les courtes liaisons comme El Calafate–El Chaltén.

D'abord Mendoza, qui casse la logique nord/sud, puis Iguazú, magnifique mais excentrée. On garde alors Buenos Aires, Salta et la Patagonie glaciaire, pour un tour plus resserré.

L'aller simple, du nord vers le sud pour finir à Ushuaia, évite de remonter tout le pays et donne une direction au voyage. Une boucle par Buenos Aires marche aussi mais ajoute des heures de vol.